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jeudi 19 mai 2011

Le Monument d'ABBAL

Aux Combattants



Monument d'Abbal (1925)
 
1870-1871

 Dès la fin de la première guerre mondiale, les communes se sont empressées de commander un monument à la mémoire de leurs enfants tombés au champ d’honneur. Les combattants du précédent conflit avaient été honorés très tardivement. A Moissac le Monument des Combattants 1870-1871, dédié également aux victimes des guerres d’Algérie, de Tunisie, d’Italie, du Mexique et des Colonies, (XIXe Siècle) a été inauguré le 17 septembre 1911, sur une promenade au bord du Tarn, proche du Moulin. Par manque de moyen, seule la stèle a été commandée à un tailleur de pierre local, Mr MARTY Jules. Le groupe sculptural, « la patrie récompensant ses défenseurs » en fonte sort des ateliers DURENES à Paris. (photo de droite).

L'Oeuvre d'un Sculpteur

Devant le déferlement de Monument en voie de création, une Commission d'examen des projets d'érection de Monuments Commémoratifs aux Morts de la Guerre est mise en place par le Ministère de l’Intérieur, qui refuse les « séries à but commercial » et exige « des œuvres de sculpteurs renommés ».
Le nouveau Monument qui devra accueillir les 280 noms de soldats moissagais Mort pour la France (1914-1918), sera confié à André ABBAL, tailleur de pierre, sculpteur de renommée, ancien poilu et enfant du pays.


André Joseph Géraud ABBAL est né à Montech chez son grand-père maternel Géraud COUSTEAU, le 16 septembre 1876 ; il est élevé à Moissac où vivent ses parents Léon Armand ABBAL sculpteur et Jeanne COUSTEAU. Son grand-père paternel, Jacques ABBAL a travaillé avec Violet-le-Duc aux restaurations de monuments religieux et "serait l’auteur inconnu de la statue de la Ste Vierge" qui domine Moissac.

En 1920, la revue L’Art et les artistes consacre un article à André ABBAL. On y apprend que son Art « s’apparente à celui des Gothiques, qui avant lui ont taillé la pierre pour les cathédrales. ». A 44 ans André ABBAL est déjà l’auteur d’une œuvre considérable. Il réalisera plusieurs sculptures et monuments dédiés aux combattants de la grande guerre. (1)

C’est donc naturellement vers ce jeune artiste, enfant du pays, également ancien soldat de la grande guerre, que ce tourne le Comité des anciens combattants et le maire de Moissac pour la création d’un monument qu’ils souhaitent « d’inspiration sobre, recueillie et religieuse ». L’emplacement est d’abord imaginé sur les bords du Tarn, mais ils indiquent à A.ABBAL, le cœur de la cité moissagaise, la place de la Mairie, face à l’Eglise St Pierre et de son Cloître.


Carte Postale

En 1920, le sculpteur expose une maquette de son œuvre, dans le vestibule de la mairie.
Le public apprécie mais craint que le futur monument ne soit à l’étroit sur la petite place de la Mairie.

André ABBAL c’est inspiré de l’ABBAYE et identifie son œuvre à un chapiteau du cloître.

Il réalise une colonne en pierre et en brique, surmonté de bas-relief.

L’inauguration du Monument aux Combattants de la Grande Guerre a lieu le 22 novembre 1925. C’est Roger DELTHIL, maire de Moissac qui préside la cérémonie. Elle débute par une messe dans l’église abbatiale St Pierre ; « l’abbé PECHARMAN curé-archiprêtre de Castelsarrasin prononce une éloquente allocution. Il exalte la foi patriotique et chrétienne de nos chers disparus ». Puis viennent les chants : le chœur paroissial de jeunes filles, M. BRUGEAU chante « l‘hymne aux morts » de Victor Hugo, L’harmonie Moissagaise exécute l’adagio de la « sonate pathétique » de Beethoven.

L’inauguration officielle commence et dévoile enfin au public le monument. Les noms des 280 morts sont lus à haute voix par deux personnalités de la commune.

Le discours de M. Raymond SALERS (1885-1962) - Président du Comité du Monument, Ancien maire de Moissac et ancien député (1919-1924) - nous détaille les scènes sculptées par A.ABBAL sur les quatre faces du chapiteau. Discours d’un homme politique, fraîchement battu aux élections et qui retentera par deux fois (1928 et 1932) de reconquérir son siège. Discours d’un ancien soldat, mutilé de la Grande Guerre, Médaille militaire et Croix de Guerre. En voici des extraits et les bas-reliefs auquel ils se rapportent :


Photo 2011 - Chantal BEZGHICHE - Reproduction sous conditions
 Face Est
« Et d’abord c’est le départ, c’est l’entrée de trois générations successives dans l’ardente fournaise. A l’appel aux armes tous sont partis pleins de courage, mais ils partirent chacun à leur façon. Le réserviste s’en va le clairon aux lèvres, l’air résolu mais cependant inquiet, mais angoissé parce qu’une petite main s’accroche désespérément à sa main puissante, parce qu’il sait tout ce qu’il va quitter et tout ce qu’il va perdre ; parce qu’il pressent peut-être que demain son fils ne sera plus qu’un orphelin. Puis, c’est le vieux territorial, plus pesant, plus pensif encore, qui monte vers la ligne de feu pour y garnir les vides déjà faits et l’on sent à l’expression de son visage son orgueil d’être encore un homme et de pouvoir servir. Et c’est aussi le « bleuet » des plus jeunes classes et des plus belles moissons. Le « bleuet » qui, lui aussi, met allègrement sac au dos et qui, avec l’enthousiasme de la jeunesse s’en va vers la bataille et vers la mort, le sourire aux lèvres »


Photo 2011 - C BEZGHICHE - Reproduction sous conditions
 Face Nord (Face à l’Eglise St Pierre)
« Tournée vers l’Eglise, vers le Temple où montent toutes les prières, vers la grande nef où se viennent apaiser tous les désespoirs, une mère douloureuse, une humble paysane de notre Quercy pleure penchée sur une croix de bois. Elle se tient elle aussi au pied de son calvaire et elle représente toutes les femmes malheureuses dont la guerre atroce a lentement crucifié la chair et le cœur. »




Photo 2011 - C.BEZGHICHE - Reproductions sous conditions

Face Ouest
« Sur l’autre bas-relief, c’est un épisode de la lutte. Des hommes, si l’on peut encore appeler des hommes ces êtres hirsutes que furent les Poilus, courbés sous le poids de la douleur et sous le poids d’un corps déjà raidi, emportent un de leurs camarades. Et c’est toute l’horreur du champ de bataille avec du mouvement, avec de la vie, mais hélas avec de la mort ».

Photo 2011-
C.BEZGHICHE - Reproductions sous condition
Face Sud
« Et c’est enfin la Victoire ! »
« Non pas une de ces Victoires claironnantes, non pas une de ces Victoires provocantes qui, ailes déployées, semble s’envoler vers de nouvelles et trop cruelles aventures. Non, cette Victoire, notre Victoire, est la sœur même de la Paix. Ailes repliées, elle est avant tout désireuse de demeurer longtemps sur notre sol ».
« Elle reste attristée par tout ce sang qu’elle a vu répandre autour d’elle et pour elle et qu’elle veut désormais épargner. Elle est la Victoire pacifique qui ne demande qu’à protéger le labeur fécond, le travail rénovateur et les grands bœufs de nos étables et ce laboureur symbolique qui va jeter demain la semence de l’avenir !... »

Raymond SALERS, « La croix de Tarn et Garonne » 1925.


Le Monument Aux Morts (aujourd’hui)

La Grande Guerre, celle que l’on surnommera avec espoir et conviction la « der des der » sera suivie d’une seconde Guerre Mondiale, et d’autres conflits jalonneront cette deuxième moitié du 20e siècle.
Aux 280 morts de 1914-1918, Moissac ajoute 33 noms de soldats tombés en 1940-1945, 10 autres soldats morts lors des différents conflits en Afrique du Nord.

La ville de Moissac honore par une dernière stèle, « ses enfants Mort pour la France », « Guerre 1914-1918 » - « Guerre 1939-1945, FFI, Résistants, FFL, Prisonniers de guerre, Déportés et Internés » - « Guerre d’Indochine 1946-1954 » - « Algérie, Tunisie, Maroc 1952-1962 ».

En 1986, la municipalité décide de déménager le monument. Il quitte alors le cœur de la petite ville pour rejoindre son emplacement actuel, un emplacement déjà envisagé en 1925 : la promenade du Sancert, l’esplanade du Moulin, au bord du Tarn. Cet « exil » dans un des cadres les plus charmants et calmes de la ville, donne à mon avis une autre dimension à l’œuvre d’André ABBAL. Le monument s’impose au milieu d’un rond-point bien aménagé, au pied du Moulin restauré depuis peu et qui abrite un grand hôtel *** et un restaurant gourmet. L’orientation initiale a été conservée, « la mère éplorée, recueillie » n’est plus face à la l’Eglise, mais la « Victoire », elle, fait face au Tarn, qui s’écoule presque à ces pieds.


Esplanade du Moulin (mai 2011)
Photo C.BEZGHICHE - Reproduction sous conditions

La forme et le style de ce monument m’avait surprise car très différent de ceux rencontrés dans les autres villes et villages. Mais connaissant maintenant son histoire, on peut le considérer comme unique et si bien intégré dans le paysage de Moissac, qu’il semble en faire partie depuis son origine.


(1) LES ŒUVRES D’ABBAL

A Canchy dans la Somme
Description : Un poilu dans sa tranchée guette l’adversaire, son fusil contre lui, une réserve de grenades à ses pieds ; le MAM sera inauguré le 20 novembre 1921.

Cette œuvre n’a pas fait l’unanimité parmis la population de la petite commune. Une habitante de Canchy témoigne : "J'ai le souvenir que le monument n'a pas été apprécié par tous et que, au lever du drap ou du drapeau qui le recouvrait, il y a eu un effet d'horreur (la grosseur du soldat), d'incompréhension. Cependant, les Canchéens d'aujourd'hui sont fiers de leur monument qui est minutieusement entretenu."





Tout près de Moissac, à Lafrançaise, il réalise en 1925 un monument composé d’une statue sur un soubassement.
Description : la France symbolisée par une jeune femme solide porte le cadavre de l’aigle allemand casque ; le soldat mourant est sculpté sur le soubassement ; médaille militaire : croix de la guerre 1914-1918.




Il participe au monument aux Combattants de Haute Garonne à Toulouse, comme Statuaire, chargé de la frise de la face principale et du côté droit. (photos site)

***


Son Fils Jacques à l’Age de 3 ans.

André ABBAL épouse le 7 février 1921 à Carbonne (31) Louise Adèle Berthe LECUSSAN
Il installe sa famille et son atelier à Carbonne où l’on trouve aujourd’hui le « MUSEE ABBAL ».
Il fréquentait également les ateliers Parisiens.
Il décède en 1953.

***

Sources : La principale source ayant motivé cet article et une partie du texte proviennent du n° 15 des
 « scènes et personnages de la vie moissagaise » de Henri ENA, dont les extraits m’ont été adressés par A.CAPMARTY. Un exemplaire de cet ouvrage est encore consultable aux Archives Municipales de Moissac.

Autres sources :
SITE GALLICA : revue « L’Art et les Artistes » éditée en 1920
Site de l’ASSEMBLEE NATIONALE : Informations M. Raymond SALERS
Discours de Raymond Salers (Tiré du journal « La Croix du Tarn et Garonne » en 1925) et réédité par M. ENA.
Les œuvres d’ABBAL /Descriptif des monuments : site Ministère de la Culture, Inventaire Général du Patrimoine Culturel


Photos :
Raymond ABBAL : SITE GALLICA : revue « L’Art et les Artistes » éditée en 1920
Carte postale Moissac : Site MEMORIAL GENWEB – A.CAPMARTY
Monument aux Morts de Haute Garonne : Blog de Véronique D
Moulin de Moissac, Monument aux Morts (aujourd’hui) & détails Bas-Reliefs : Collection personnelle. La copie ou le téléchargement de ces photos est soumis à conditions. Seule une utilisation privée ou scolaire est autorisée. (m'en informer auparavant serait sympatique). Toute utilisation commerciale et/ou mise en ligne sur des sites commerciaux (même gratuits), est INTERDITE.


André ABBAL, La Sculpture, 1937

1 commentaire:

Baladas Mp3 a dit…


Bonjour ma douce amie, félicitations, très bon sur votre blog. Je suis Speaker de l'Argentine et je vous invite à écouter les meilleures ballades romantiques du monde avec ma voix et mon blog.Du samedi 20 Mai je vais faire un hommage à la France avec des chansons des années 70.J'espère que votre visite.
Un salut cordial à vous.

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